FRACTURES TRANSVERSALES COMPLETES DU TALUS : INTERET DE LIRM POUR LA DETECTION DES NECROSES ISCHEMIQUES
O. JARDE, G.BOULU, E. HAVET, A. GABRION, P. VIVES
Service dOrthopédie-Traumatologie, CHU Nord, AMIENS, FRANCE
Correspondance et tirés à part : O. JARDE.
CHU Nord, Place Victor Pauchet, 80054 AMIENS Cédex 1, France
Complete transverse fractures of the talus : the value of magnetic resonance imaging for detection of avascular necrosis
ABSTRACT
The authors report a series of 32 complete transverse fractures of the talar neck or body of the talus. The fractures occurred mostly in young males, as a result of motor vehicle accidents. The fracture line was transverse in the neck or body of the talus in 20 cases, sagittal in four and comminuted in eight cases. Using Hawkinsclassification, there were 10 type 1,16 type 2, and 6 type 3 fractures.
The treatment was conservative in 8 cases and surgical in 24.
The patients were evaluated clinically and radiologically with an average follow-up of 7 years. All patients underwent radiological study at follow-up and 17 underwent NMR evaluation. Eleven underwent NMR evaluation at final follow-up, and the other 6 early in their postoperative evolution. The postoperative results were evaluated using clinical and radiological criteria.
The clinical result was good or very good in 37.5% of cases. Segmental necrosis of the talar body was noted in 6 cases and complete necrosis in 5, which required arthrodesis in 8 cases.
Avascular necrosis is a common complication. Its frequency depends on the displacement and type of fracture. If it becomes symptomatic, the only treatment is tibial talar or tibial talar calcaneus arthrodesis. The contribution of NMR is very important, as it gives the positive diagnosis but equally information regarding evolution.
Complete transverse fractures of the talar neck or body are rare fractures ; the intreatment only gives a little over one third of good and very good results in the long term. NMR gives the diagnostic early and the extent of necrosis. It can have predictive value for the collapse risk and guide reeducation with or without weight bearing.
Key words : talus ; fracture ; NMR ; necrosis.
Mots clés : talus ; fracture ; IRM , nécrose.
Les fractures du talus sont des lésions relativement rares puisquelles ne représentent que 0,14% à 0,32% de toutes les fractures. Allgöwer (1) traite les fractures du col et du corps de lastragale par vissage et un traitement fonctionnel post-opératoire comme Lambotte (10).
Boyd et Knight (3) concluent quen cas de fracture complexe les résultats sont meilleurs en cas de triple arthrodèse ou darthrodèse sous-talienne demblée. Mc Keever (13) suggère larthrodèse talo-naviculaire dans un but de revascularisation.
Nous présentons ici avec un recul dau moins deux ans, 32 cas de fractures du talus transversales complètes traitées entre 1982 et 1996. La complication la plus fréquente a été lostéonécrose. Nous avons cherché à évaluer dans cette série lintérêt de lIRM pour le diagnostic précoce et le pronostic évolutif à long terme. Les fractures partielles ont été exclues de notre série.
MATERIEL ET METHODE
La série
De 1982 à 1996, 32 patients ont été traités par un même opérateur (OJ) pour une fracture transversale complète du col ou du corps de lastragale. Lâge moyen était de 34,5 ans avec des extrêmes de 19 et 55 ans au moment du traumatisme. Il y avait 22 hommes pour 10 femmes.
Cette fracture était survenue 23 fois au cours dun accident de la voie publique par un mécanisme dhyperflexion dorsale du pied, 8 fois lors dune chute dun lieu élevé et une fois par écrasement par un objet lourd. La fracture était ouverte 6 fois et entrait dans le cadre dun polytraumatisme 8 fois.
Sur les radiographies, il sagissait dune fracture transverdale complète, le trait pouvant avoir des directions variables au niveau du corps ou du col du talus. Trois types de trait ont été identifiés selon la classification de Butel et Witvoet (4) :
- transversal, sagittal et comminutif
La fracture était transversale 20 fois, sagittale 4 fois et comminutive 8 fois.
Les déplacements ont été évalués selon la classification dHawkins (7) :
- type I : fracture peu ou pas déplacée : 10 cas.
- type II : fracture associée à une luxation sous-talienne plus ou moins marquée, le fragment antérieur restant solidaire du pied et le fragment postérieur du tibia :16 cas
- type III : énucléation postérieure du corps de lastragale qui rompt ses amarres avec la mortaise tibio-péronière : 6 cas.
Les fractures du corps du talus étaient associées à une subluxation ou une luxation de larticulation sous-talienne.
Quinze fois, des fractures du même pied étaient associées, dont sept fois au niveau des malléoles, les autres se partageant entre les fractures du calcanéum, du naviculaire et du cuboïde.
Méthode
Des clichés radiographiques ont été pratiqués dans trois incidences radiologiques pour le bilan radiographique initial :
- un cliché de face de la tibio-tarsienne
- un cliché de face du pied
- un cliché de profil du pied
Lors du premier bilan radiographique au moment du traumatisme, la radiographie de profil était faite, le pied en rotation externe de 20°, dans les fractures du col. Dans les fractures du corps, le cliché était pris en rotation interne de 20° en surélevant lavant-pied.
Pendant le suivi, une étude au scanner a été réalisée dans 4 cas pour analyser larticulation sous-talienne.
Lors de la révision, les 3 incidences radiographiques de face de la tibio-talienne et du pied et de profil du pied ont été réalisées en charge. Une étude en IRM a été faite sur 5 patients traités orthopédiquement et 12 patients dont le matériel avait été enlevé, 5 fois à titre systématique et 12 fois en raison de douleurs. LIRM a été réalisée 6 fois en cours dévolution, en moyenne à un an de laccident et 11 fois le jour de la révision. Parmi les 6 IRM précoces, il y avait 4 fractures ostéosynthésées et lIRM a été faite dans les suites immédiates de lablation de matériel.
Létude a porté sur 2 fractures de type I, 11 de type II et 4 de type III selon la classification de Hawkins (7). Ces fractures faisaient suite pour les types 1 et 2 à des accidents de la voie publique et pour le type 3 à un accident de la voie publique et trois chutes dun lieu élevé.
Les patients ont été revus selon les critères de KITAOKA et al. (9) (tabl. I).
Le signe de Hawkins (7) cest-à-dire la constatation dune relative densification du corps du talus sur un cliché de face de la cheville à la 6ème semaine reste un signe tout-à-fait valable mais il na pas été recherché systématiquement.
Traitement
Le traitement a été réalisé en urgence en cas de gros déplacement.
Traitement orthopédique
Le traitement orthopédique a recouru à la classique manoeuvre de Böhler (2) : mise en flexion plantaire forcée afin de mettre le fragment distal dans le prolongement du fragment proximal déplacé. Une immobilisation plâtrée a suivi la réduction. Lappui total a été autorisé progressivement, en moyenne 3,5 mois après le début de limmobilisation.
Dans notre série, 8 blessés ont bénéficié de ce traitement. Il sagissait de 5 fractures de type I, 2 fractures de type II et une fracture de type III selon la classification de Hawkins (7).
Traitement chirurgical
Ce traitement sadressait aux fractures ouvertes ainsi quaux fractures fermées qui navaient pas été correctement réduites par manoeuvre orthopédique.
Une voie dabord antéro-interne a permis de réduire la fracture, à laide dune spatule introduite dans le foyer, et de fixer cette réduction soit par une vis antéro-postérieure en acier inoxydable, soit par 2 ou 3 broches, soit par un vissage transversal pour les fractures sagittales. Vingt deux cas de la série ont été traités de cette façon.
Deux fractures ont été fixées par une vis postéro-antérieure selon la technique de Lemaire et Bustin (11) : le vissage postérieur par voie para-achilléenne externe.
Cinq fractures de type 1, 14 fractures de type 2, 5 fractures de type 3 ont été traitées chirurgicalement.
RESULTATS
COMPLICATIONS
Nous avons déploré 4 nécroses cutanées sans infection dans des fractures de type III, 4 algodystrophies qui ont régressé après un traitement approprié, 2 pseudarthroses qui ont nécessité un nouveau vissage avec greffe iliaque à 5 mois. Il sagissait dune fracture comminutive et dune fracture transversale traitées initialement par vissage par lavant.
Il y a eu 11 nécroses dont 7 nécroses partielles de type fracture-impaction ostéochondrale du dôme talien et 4 nécroses complètes du corps. Ces nécroses étaient reconnaissables sur la radiographie 8 fois et sur lIRM 11 fois. Leur traitement a nécessité 6 arthrodèses tibio-taliennes et 2 arthrodèses tibio-talo-calcanéennes secondaires à une nécrose totale du talus. Une greffe iliaque a été nécessaire pour 8 de ces arthrodèses.
RESULTATS CLINIQUES A 2 ANS MINIMUM
Les patients ont été revus avec un recul minimum de 2 ans et un recul moyen de 7 ans.
La douleur
Douze patients navaient aucune douleur.
La douleur survenait à leffort dans 14 cas dont 4 arthrodèses tibio-taliennes, et lors des mouvements dinversion et déversion, évoquant une souffrance sous-talienne après arthrodèse tibio-talienne.
Les douleurs étaient permanentes à la marche et au repos chez 6patients dont 4 avaient subi une arthrodèse : tibio-talienne dans 2 cas et tibio-talo-calcanéenne dans les deux autres cas.
La mobilité
En dehors des 8 arthrodèses, nous avons noté une flexion dorsale supérieure à 10° dans 12 cas, comprise entre 0 et 10° dans 6 cas, nulle dans 4 cas, et 2 ankyloses en équin à 5°.
La flexion plantaire était supérieure à 30° dans 16 cas, entre 30 et 15 degrés dans 8 cas.
La mobilité de larticulation sous-talienne était toujours diminuée cliniquement, avec un blocage complet dans 18 cas parmis lesquels les 6 arthrodèses tibio-taliennes. Douze cas présentaient une arthrofibrose de la sous-astragalienne génératrice de raideur de cette articulation.
Linstabilité
Aucune instabilité subjective de la cheville na été retrouvée dans notre série.
Périmètre de marche
Il était illimité dans 6 cas, supérieur à 500 mètres dans 16 cas, limité à 100 mètres dans 10 cas parmis lesquels les 8 arthrodèses.
Au niveau professionnel
Un arrêt de lactivité a été nécessaire après la prise en charge de ces fractures, pendant une période de 7 mois en moyenne.
Nous relevons à 2 ans minimum de laccident 4 arrêts dactivité, 10 reclassements professionnels et 18 reprises du travail antérieur ; il sagissait 6 fois dun travail de force.
Résultats radiologiques
Cals vicieux et déformations séquellaires.
Lanalyse radiologique dun cal vicieux du talus est difficile. Il existait une subluxation résiduelle sous-talienne analysée 4 fois par un CT Scan dans le suivi. Nous avons constaté dans ces 4 cas un varus de larrière-pied.
Nécroses
Une nécrose post-traumatique est survenue 11 fois, nécessitant 8 arthrodèses avec greffon iliaque remplaçant la zone nécrosée. Il sagissait dans 6 cas dune arthrodèse tibio-talienne et dans les 2 autres, dune arthrodèse tibio-talo-calcanéenne avec excision de toute la portion nécrosée du corps et interposition dun greffon cortico-spongieux entre le tibia et le calcaneum. Ces nécroses ont été diagnostiquées avant que leffondrement ne se soit produit entre 7 mois et 12 ans (en moyenne à 3,5 ans) pour les nécroses partielles du dôme talien dans le cas de 6 fractures de type II, et à 2,5 ans pour les nécroses complètes (minimum 1 ans et maximum 4 ans) dans le cas de 5 fractures de type II et III (tabl.II). Initialement ces fractures avaient été traitées 3 fois orthopédiquement et 8 fois de manière chirurgicale par abord antérieur. LIRM montrait des images caractéristiques de nécrose sur des pondérations en T2 Fat Sat ou en pondération T1 avec injection de Gadolinium. La suppression du signal graisseux permettait détudier la vascularisation de la zone étudiée.
Sur les 17 IRM, 6 ont été réalisées en cours dévolution en moyenne à un an de laccident et 11 au moment de la révision. Sur les 17 IRM, quatre montraient des zones de nécroses localisées entourées par une double ligne de contraste et 2 avec un hyposignal sur les séquences pondérées en T1 et en T2. Elles correspondaient à des chevilles sensibles cliniquement et avec des radiographies standard normales. LIRM a permis de mesurer le volume de la nécrose. Deux nécroses ont été décelées précocément par IRM sans traduction radiologique sur les clichés standard. Malgré le faible nombre de patients nous avons pu constater que lorsque la zone nécrosée donnait un signal normal, ceci correspondait à des chevilles indolores alors que lexistence dun hypersignal correspondait à des chevilles douloureuses depuis plusieurs mois.
Larthrose
Sur les 24 patients qui nont subi aucune arthrodèse, elle était importante chez 8 des patients au niveau tibio-talien avec 4 fois une arthrose concomitante sous-talienne. Elle était modérée chez 10 des patients de notre série, associée à une atteinte de larticulation sous-talienne. On ne retrouvait pas de signe radiologique darthrose dans 6 autres cas.
Résultat global
Selon les critères de Kitaoka (9) le résultat était très bon pour 6 patients, bon pour 6 patients également, 6 fois passable et 14 fois mauvais y compris les 8 arthrodèses.
Le résultat subjectif était 18 fois très bon et bon et 14 fois mauvais.
DISCUSSION
Toutes les séries publiées de fractures transversales complètes du col et du corps du talus, retrouvent comme la nôtre, une prédominance dhommes jeunes, majoritairement victimes daccidents de la voie publique. Dans 30 % des cas, il sagit dune chute de plus ou moins grande hauteur. Très rares sont les accidents de sport (6%) et les traumatismes par écrasement (2%).
Dans la littérature comme dans notre série, les fractures sont ouvertes dans 20% des cas et 25% des blessés sont des polytraumatisés. Les fractures associées du même pied sélèvent à 41,2% dont la moitié au niveau des malléoles, le reste étant réparti entre les fractures du calcanéum, du scaphoïde tarsien et du cuboïde.
Dans notre série, les fractures transversales sont les plus fréquentes, comme dans la série de 210 cas de Copin et al.(6), qui compte 184 fractures transversales pour 7 sagittales et 19 comminutives. Nous avons, comme eux, 34% des nécroses qui sont restées asymptomatiques.
Dans toutes les séries, lévolution se fait vers larthrose tibio-talienne et sous-talienne dans près dun tiers des cas avec une prédominance dans les fractures du corps du talus. Lostéonécrose post-traumatique de lastragale a été signalée déjà en 1925 par Sneed (16). Elle est plus fréquente dans les fractures du col du talus. Cest une complication fréquente : 25% dans la série de Coltard (5) et 53% dans le rapport de Butel et Witvoet. (4).
La fréquence de lostéonécrose avasculaire (5) dépend du déplacement et du type de fracture : 24% dans les fractures-séparations de type 1 selon la classification de Hawkins (7), 46% dans les fractures-luxations de type 2 et 60% dans les fractures avec énucléation du fragment corporéal postérieur de type 3, pour atteindre 90% des énucléations totales du talus. De cette constatation, Coltard (5) déduit cliniquement que lapport artériel du talus arrive par 3 zones essentielles et non par une source vasculaire principale dorsale comme le soutenait Mc Keever (4). Létude des injections anatomiques confirme le point de vue de Coltard (5). Il y a eu au fil du temps une évolution dans nos indications thérapeutiques. Les facteurs de type II de Hawkins (7) et surtout de type III ne sont plus traitées orthopédiquement dans le service. Par ailleurs, labord chirurgical antérieur comporte un risque daccroître les dégâts vasculaires et le vissage davant en arrière na aucune chance de permettre une compression par un vissage en rappel perpendiculaire au trait de fracture, dans le cas dune fracture transversale. Lemaire et Bustin (11) proposent un vissage postérieur par voie para-achilléenne externe. Cette technique permet de ménager la vascularisation résiduelle du talus provenant en général du sinus du tarse. Nous privilégions actuellement dans le service cette voie dabord postérieure.
Comme Lemaire et al (12), nous avons 12 arthro-fibroses génératrices dune raideur de la sous-talienne. Cest une complication très fréquente des fractures du col de lastragale. Elle survient essentiellement après le traitement orthopédique. Cest un argument de plus pour le traitement chirurgical avec une ostéosynthèse suffisamment solide pour être dispensée dimmobilisation plâtrée.
Par ailleurs, nous avons constaté quune fixation interne avec des broches de Kirschner est moins stable quavec des vis dirigées de façon antéro-postérieures, elles-mêmes moins stables que des vis dirigées de façon postéro-antérieures.
Il est à noter que les arthrodèses tibio-taliennes et tibio-talo-calcanéennes réalisées dans un terrain nécrotique fusionnent moins vite.
Lintérêt de lIRM apparaît évident pour poser de façon précoce le diagnostic de la nécrose talienne (fig. 1) et apprécier létendue de la zone nécrosée. Par ailleurs, laspect des signaux de la zone nécrosée semble donner des renseignements dordre évolutif. LIRM permet également de mesurer le volume de la nécrose de façon précise par des coupes jointives. Schwarz et al. (15) insistent également sur lintérêt de lIRM pour objectiver les troubles vasculaires.
Certaines nécroses seffondrent rapidement, dautres tardivement et dautres peut-être jamais. Les indications pour la chirurgie secondaire sont surtout posées après effondrement. Lorsque lIRM montre une nécrose globale sans effondrement acune geste chirurgical nest proposé mais une surveillance. En revanche en présence de douleurs, une arthrodèse tibio-talienne ou tibio-talo-calcanéenne avec greffon iliaque est proposée.
Thordarson et al. (17) ont fait une étude prospective sur 21 cas de fracture déplacée du col du talus (12 types 2 et 9 types 3 de Hawkins) afin détudier la corrélation entre les radiographies standard et lIRM pour la recherche de signes dostéonécrose. Les IRM ont été réalisées entre 3 jours et 12 mois après lostéosynthèse. Tous les patients ont eu une réduction à ciel ouvert et une ostéosynthèse interne par vis en titane, à lexception de 2 dont lostéosynthèse a été réalisée avec des implants en acier inoxydable qui ont été retirés avant lIRM. Tous les patients ont eu des radiographies. Les auteurs ont défini 4 stades IRM en fonction de limportance de lostéonécrose : type A, pas de modification anormale de signal dans le corps du talus ; type B, modification du signal dans une zone correspondant à 25 % de la coupe étudiée; type C, modification du signal dans une étendue de 25 à 50 % ; type D, modification du signal détendue supérieure à 50 %. Il existe une bonne corrélation entre les radiographies et les données IRM dans les types D mais la corrélation est inconstante pour les types A, B et C. LIRM montre de façon précise les zones avasculaires dès la troisième semaine. Elle aurait une valeur prédictive du risque de nécrose dans les types 2 et 3 dHawkins. Elle permettrait de guider la rééducation en autorisant ou non lappui même sil nest pas vraiment prouvé que la non mise en charge du talus pour une nécrose avasculaire donne la moindre différence. Pour permettre létude en IRM, Thordarson et al. (17) conseillent lutilisation de vis en titane. Cela apparaît à la suite de cette étude indispensable afin de pouvoir recourir à lIRM par la suite même avant consolidation, sinon lIRM impose tout dabord lablation des vis si elles sont en acier. LIRM apparaît comme lexamen le plus performant pour le diagnostic dostéonécrose, avec une fiabilité supérieure aux radiographies simples, au scanner et à la scintigraphie. Néanmoins Henderson (8) signale un risque de faux négatif à lIRM.
Mazières et al. (14) au niveau de la tête fémorale affirment que si la nécrose napparaît pas à lIRM dans les 6 premiers mois on est à peu près sûr quelle ne surviendra pas ensuite. Mais peut-on transposer cette affirmation aux suites des fractures totales du talus ?
CONCLUSION
Les fractures transverses complètes du talus sont rares. Leur complication la plus fréquente est la nécrose avasculaire. Cette complication est dépendante de limportance du déplacement et du lieu de la fracture.
LIRM permet de faire de façon précoce le diagnostic dostéonécrose et de mesurer le volume de la zone nécrosée. Elle-pourrait avoir une valeur prédictive concernant le risque de nécrose et elle permettrait de guider la rééducation en autorisant ou non lappui.
A long terme, les résultats du traitement de ces fractures ne sont bons que dans un peu plus dun tiers des cas, soulignant la gravité de ce type de traumatisme.
REFERENCES
1 Allgöwer M.: Luxationen und Luxationsfrakturen des Talus. Z.Unfallchir. Versichersungsmed. Befurskr. 1959, 5, 52-56.
2 Böhler L.: Technique du traitement des fractures. Editions Médicales de France, Paris, 1954.
3 Boyd, H.B., Knight, R.A.: Fractures of the astragalus.Southern Med. J., 1942, 35, 160-167.
4 Butel J., Witvoet J.: Les fractures et les luxations de lastragale. Rev. Chir. Orthop., 1967, 53, 493-624.
5 Coltard, W.D.: Aviators astragalus. J. Bone Joint Surg., 1952, 34-B, 545-566.
6 Copin, G., Bouayed, S., Kempf, I.: Les traumatismes graves de lastragale(fractures-luxations, fractures comminutives et énucléations). Acta. Orthop. Belg., 1983, 49, 698-710.
7 Hawkins L.G. : Fractures of the neck of the talus. J. Bone Joint Surg., 1970, 52-A, 991-1002.
8 Henderson, R.C. : Post-traumatic necrosis of the talus : the Hawkins sign versus magnetic resonance imaging. J. Orthop. Trauma, 1991, 15, 96-99.
9 Kitaoka M.D., Harold B. : Salvage of non union following ankle arthrodesis for failed total ankle arthroplasty. Clin. Orthop., 1991, 268, 37-43.
10 Lambotte,A.: Traitement opératoire des fractures.
Masson, Paris 1913.
11 Lemaire, R, Bustin, W : Screw fixation of fractures of the neck of the talus using a posterior approach. J. Trauma 1980, 20, 669-673.
12 Lemaire R., Rodriguez N., Popovic N., : Fractures of the neck and body of the talus. A study of 44 consécutive cases.
13 Mac Keever, F.M.: Treatment and complications of fractures and dislocations of the talus. Clin. Orthop., 1963, 30, 45-50.
14 Mazières B., Constantin A., Moineuse C., Laroche M., Cantagrel A. : Peut-on prédire lévolution de lostéonécrose de la tête fémorale ? in Lequesne, M., Nordin, J.Y., Chevrot, A., Bard, H., Laredo, J.D. : Imagerie de la hanche. Getroa, Sauramps Médical, 1999, 26, 457 - 465
15 Schwarz, N., Eschberger, J., Kramer, J., Posch, E. : Radiologic and histologic observations in central talus fractures. Unfall Chirurg., 1997, 100, 449-456.
16 Sneed, W.L.: The astragalus.A case of dislocation, excision, and replacement; an attempt to demonstrate the circulation in this bone. J.Bone Joint Surg., 1925, 7, 304-399.
17 Thordarson, D.B., Triffon, M.J., Terk, M.R. : Magnetic resonance imaging to detect avascular necrosis after open reduction and internal fixation of talar neck fractures. Foot Ankle Int., 1996, 17, 742-747.
fig 1 : Nécrose talienne sur lIRM après fracture transversale complète du corps.
Tableau I : Critères de Kitaoka.
Tableau II : Comparaison du type de nécrose en fonction du type de fracture initiale.
Tableau I
SCORE DE CHEVILLE SELON KITAOKA ET AL. (8)
Facteurs cliniques
Douleurs (45 points) : Points
- Aucune 45
- Légère, occasionnelle 35
- Modérée, journalière 25
- Sévère, quasi-constante 0
Fonctions (40 points)
Niveau dactivité, nécessité dune aide à la marche :
- Activité normale, pas daide à la marche 10
- Pas de limitation de lactivité dans la vie courante,
limitation des activités de loisirs, pas daide à la marche 7
- Activité dans la vie courante et activité de loisirs limitées,
nécessité dune canne 4
- Activité dans la vie courante et activité de loiris très limitées,
nécessité dune béquille ou dun fauteuil roulant 0
Périmètre de marche :
- Plus de 1km 10
- De 500m à 1km 7
- De 100 à 500m 4
- Moins de 100m 0
Boiterie :
- Aucune ou négligeable 10
- Occasionnelle 5
- Marquée 0
Limitation de lamplitude articulaire de cheville :
- Aucune ou légère (75% à 100% de la normale) 10
- Modérée (25% à 74% de la normale) 5
- Marquée (moins de 25% de la normale) 0
Alignement axial (15 points)
- Bon, flexion neutre, valgus de 0 à 10° 15
- Moyen, désaxation en flexion et en valgus modérée 8
- Mauvais, désaxation en flexion et en valgus innaceptable 0
Total 100
Tableau II
|
Type de Fracture (Hawkins) |
Nécrose segmentaire du dôme |
Nécrose complète du corps |
Pas de nécrose |
|
Type 1 |
0 |
0 |
10 |
|
Type 2 |
6 |
1 |
9 |
|
Type 3 |
0 |
4 |
2 |
RESUME
FRACTURES TRANSVERSALES COMPLETES DU TALUS :
Intérêt de lIRM pour la détection des nécroses ischiémiques
Les auteurs ont étudié rétrospectivement 32 fractures transversales complètes du talus. Les blessés étaient surtout des hommes jeunes ; la fracture était survenue le plus souvent au cours dun accident de la voie publique.
Elle était transversale 20 fois , sagittale 4 fois et comminutive 8 fois. Le déplacement selon la classification de HAWKINS était 10 fois de type 1,16 fois de type 2 et 6 fois de type 3. Le traitement a été orthopédique 8 fois et chirurgical 24 fois.
Les patients revus avec un recul moyen de 7 ans, ont tous subi au moment de la révision une radiographie standard. Pour 17 dentre eux une étude en IRM a été réalisée 6 fois à un an de laccident et 11 fois le jour de la révision. Parmi les 6 IRM précoces il y avait 4 fractures ostéosynthésées et lIRM a été faite dans les suites immédiates de lablation du matériel. Les 8 autres ont eu lIRM le jour de la révision.
Les résultats post-opératoires ont été appréciés selon des critères cliniques et radiographiques.
Le résultat clinique nétait bon ou très bon que dans 37,5% des cas.
Nous avons relevé 11 nécroses dont 7 nécroses partielles segmentaires du dome de type fracture impaction ostéochondrale du dôme talien et 4 nécroses complètes du corps ; elles ont nécessité 6 fois une arthrodèse tibio-talienne et 2 fois une arthrodèse tibio-talo-calcanéenne.
La nécrose est une complication fréquente. Sa fréquence dépend du déplacement et du type de fracture, mais également de lintégrité du sinus du tarse par lequel parvient une partie non négligeable de la vascularisation du talus. Le vissage postérieur par voie para-achilléenne externe ménage la vascularisation résiduelle du talus. Si la nécrose devient symptomatique, avec effondrement, le seul traitement est larthrodèse tibio-talienne ou tibio-talo-calcanéenne.
LIRM permet très précocement le diagnostic de la nécrose. Par ailleurs, laspect du signal de la zone nécrosée donne des informations sur le pronostic évolutif en montrant les troubles vasculaires. Enfin, elle permet dévaluer le volume de la nécrose.
La fracture du talus est une fracture rare dont le traitement ne donne à long terme quun peu plus dun tiers de bons ou très bons résultats. LIRM permettrait de guider la rééducation en autorisant ou non lappui.