Lorsque l'on évoque les syndromes canalaires au niveau du
pied, la première idée qui vient à l' esprit est
le syndrome du canal tarsien qui pourtant est bien rare à
l'état pure. Mais on peut rencontrer des syndromes moins
connus et peut être plus fréquents qui sont
représentés par la compression des branches du nerf
tibial postérieur: nerf plantaire latéral (externe) ,
du nerf plantaire médial (interne), et de la première
du nerf plantaire latéral représentée par le
nerf moteur de l'abducteur du cinquième orteil. Ces
différents syndromes sont définis par des
caractères cliniques , anatomiques et thérapeutiques
spécifiques. La confirmation du diagnostic est obtenue par
l'électromyogramme dont il faut définir les
modalités et préciser les renseignements obtenus par
cet examen
L'EXPLORATION ELECTROLOGIQUE DU NERF TIBIAL POSTERIEUR ET DE SES
BRANCHES
L'examen électrologique a un intérêt certain
pour confirmer le diagnostic , mais aussi pour préciser le
siège de la compression et déterminer sa gravité
qui conditionne la conduite thérapeutique.
La compression d'un tronc nerveux entraîne deux types de
modifications électriques
-Un ralentissement de la conduction nerveuse la zone
comprimée alors que les vitesses des autres segments restent
normales. Ce ralentissement permet de poser le diagnostic et de
préciser le siège exacte de la lésion.
-Des anomalies de l'activité musculaire avec, si les
axones sont lésés, des signes de dénervation des
muscles correspondants. IL peut donc exister de signes de
dénervation aiguë (augmentation des chronaxies; potentiel
de fibrillation) et un appauvrissement des tracés par
réduction du nombre d'unité fonctionnelles. Cet
appauvrissement s'accompagne d' une augmentation de fréquence
de battement des potentiels d'action. Ces anomalies de l'
activité musculaire rendent compte du retentissement de la
compression sur les fibres nerveuses et donc de sa gravité. Il
en est de même de l'amplitude du potentiel sensitif qui traduit
le nombre de fibres actives.
Dans certains cas, la lésion nerveuse n'est
objectivée que par une diminution importante(>50%) de
l'amplitude des réponses musculaires obtenues par la
stimulation au-dessus de la compression, par rapport à celle
des réponses recueillies par stimulation distale. Cela se
produit lorsque la conduction nerveuse de certains axones est
complètement bloquée dans la zone
lésionnelle.
EN PRATIQUE: l'étude d'un syndrome du canal tarsien
s'effectue en explorant successivement les territoires des nerfs
plantaires médial et latéral, en choisissant de
préférence les muscles court fléchisseur du I et
du V dont les branches d'innervation naissent plus distalement que
celles des abducteurs du I et du V.
La conduction motrice dans la traversée du canal
tarsien est mesurée par la différence des latences des
réponses obtenues par stimulation dans la gouttière
rétro-malléolaire interne, au-dessus de la saillie
malléolaire (latence distale), puis en aval du canal 'latence
résiduelle). Pour le nerf plantaire latéral, il est
également possible de stimuler à la plante (partie
externe de la région médio-plantaire) et de mesurer une
vitesse entre la sortie du canal tarsien et la région
médio-plantaire.
Les vitesses sensitives sont également
mesurées sur chaque tronc en stimulant à la base du Ier
orteil ou à la partie antérieure de la plante. Les
potentiels sensitifs, recueillis dans la gouttière
rétro-malléolaire interne , sont de faible amplitude et
parfois difficiles à obtenir.
LES RESULTATS
- Un ralentissement de la conduction dans la
traversée du canal tarsien confirme la compression
nerveuse dans ce canal. Dans ce cas, la latence distale est
augmentée, mais la latence résiduelle est normale ou
peu augmentée. Le ralentissement peut prédominer sur
l'une des branches de division.
- La vitesse trans-canalaire est normale mais les
latences distales et résiduelles sont augmentées.
La compression siège après le
canal : sous l'arcade de l'abducteur de l'hallux pour le
nerf plantaire médial, à la plante pour la nerf
plantaire latéral avec une diminution de la vitesse à
la plante.
- Parfois, seul le nerf de l'abducteur du V
est lésé: on peut observer alors des signes de
dénervation limités à ce muscle et une
augmentation des latences, mais la vitesse est normale dans le canal
tarsien.
- Enfin, certaines lésions traumatiques détruisent
une partie des axones provoquant une dénervation plus ou moins
importante des muscles correspondants sans modifier la vitesse de
conduction des axones restants.
LE SYNDROME DU CANAL TARSIEN
LE SYNDROME DU CANAL TARSIEN PRIMITIF
La compression du nerf tibial postérieur au niveau du canal
tarsien a fait l' objet de nombreuses publications où l' on
retrouve beaucoup de pathologies locales ou loco-régionales
responsables de la compression de ce nerf dans le canal tarsien mais
peu sont consacrées aux compressions "isolées" du nerf
tibial postérieur à ce niveau.
LA CLINIQUE
Les manifestations cliniques du syndrome du canal tarsien sont
marquées par l'existence de douleurs plantaires souvent mal
définies et mal localisées, évocatrices du
diagnostic cependant si elles siègent à la face
plantaire de l' avant-pied et irradient vers les orteils avec
sensation de picotement, de fourmillement ou de brûlures. Ces
douleurs surviennent le plus fréquemment à la marche et
peuvent, quoique rarement, exister la nuit. La sensation de crampes
douloureuses au niveau des orteils est également très
évocatrice. L'examen clinique est souvent pauvre:
L'hypoesthésie des orteils par rapport au côté
opposé est rarement retrouvée et le signe de Tinel dans
la région rétro-malléolaire interne n'est jamais
retrouvée dans le syndrome du canal tarsien "a frigore".
.Quand aux signes évoquant un déficit moteur des
muscles de la plante: chevauchement du gros orteil qui passe en
dessous du deuxième lors de la flexion plantaire par
parésie de l' abducteur de l' hallux et le signe du bristol (
la pression du gros orteil sur un bristol posé au sol ne peut
retenir celui-ci lors de la traction sur le papier) , ils sont
très inconstants. C'est dire que le diagnostic
évoqué le plus souvent par l' existence de
brûlures de l'avant-pied et des orteils est confirmé par
l'examen électromyographique qui indique constamment un
ralentissement de la vitesse de conduction du nerf plantaire
postérieur au niveau du canal tarsien et parfois une atteinte
neurogène des muscles plantaires.
LES SYNDROMES DU CANAL TARSIEN SECONDAIRES
Le syndrome du canal tarsien primitif est rare. Plus souvent on le
trouve associé à d'autre troubles pathologiques: les
troubles statiques du pied avec avant tout le valgus
calcanéen associé le plus souvent à un pied
plat,les traumatismes et leurs séquelles: pas tant les
entorses,les traumatismes directs, que les séquelles des
fractures du calcanéus, des fracture-luxations sous-taliennes,
des fractures de jambe associées à un syndrome des
loges, les ténosynovites inflammatoires polyarthrite
rhumatoïde, pelvisondylite, psoriasis, goutte. Des causes plus
rares ont été décrites: compression
extrinsèque du nerf tibial postérieur par kyste
synovial, dépôts tophacés ou amyloïde,
compression intrinsèque par tumeur nerveuse tel le
Schwanome.
Les signes cliniques sont identiques , mais le signe de TINEL peut
ici se rencontrer lorsque le nerf est comprimé de façon
extrinsèque (séquelle de fracture du calcanéus,
kyste ) ou de façon intrinsèque (tumeur nerveuse )
LES ELEMENTS ANATOMIQUES
Le canal tarsien est un tunnel ostéo-fibreux inextensible
situé en arrière et en dessous de la malléole
interne. Il comprend deux étages

Supérieur ou rétro-malléolaire: ( Fig 1)
limité en avant et en dehors par la malléole interne,
l'articulation tibio-tarsienne et l'astragale; en dedans par le
ligament annulaire interne. L'artère tibiale
postérieure entourée d'un lacis veineux et le nerf sont
dans une gaine commune.

Inférieur ou sous-malléolaire: (fig 2)
limité en dehors par le calcanéus et en dedans par
l'adducteur du gros orteil, la division du nerf se faisant à
hauteur variable.
LES CONSTATATIONS OPERATOIRES
Dans la syndrome du canal tarsien idiopathique, la zone de
compression se situe au niveau de la division du nerf, le lacis
veineux péri-artériel marquant son empreinte sur le
nerf. La mobilisation du paquet vasculaire nécessite la
ligature de l' artère calcanéenne et de ses deux veines
satellites.

LE TRAITEMENT
Dans le syndrome du canal tarsien d'apparition récente le
traitement à proposer est l' infiltration de corticoïdes
in situ.
Lorsque les douleurs existent depuis plus de six mois, ou en cas
d'échec du traitement médical, la neurolyse
chirurgicale est nécessaire.
LA COMPRESSION DU NERF PLANTAIRE MEDIAL (INTERNE).
La compression du nerf plantaire médial est connu en
pathologie sportive sous le nom de "jogger's foot": apparition
après un effort (couse , vélo ) de paresthésies
au niveau de la pulpe du gros orteil. Cette symptomatologie peut
exister en dehors de la pratique sportive: sensation
d'engourdissement; de fourmillements du gros orteil apparaissant
habituellement à la marche, mais pouvant également
exister au repos. L'examen est pauvre en dehors d'une
hypoesthésie pulpaire du gros orteil, évocatrice mais
rarement retrouvée. Le diagnostic repose sur
l'électromyograme qui montre un nerf tibial postérieur
normal au niveau du canal tarsien et un ralentissement de la vitesse
de conduction du nerf plantaire médial au delà de ce
canal.
LES ELEMENTS ANATOMIQUES
Le nerf plantaire médial (fig 1)sort du canal tarsien en
pénétrant sous une arcade fibreuse située
à la face profonde de l' abducteur (adducteur) de l' hallux,
la partie externe de cet orifice est représentée par le
calcanéus.
LES CONSTATATIONS OPERATOIRES
Le nerf plantaire médial porte l'empreinte de l' arcade
fibreuse marquée à sa face interne avec
dépression et aplatissement du nerf.
LE TRAITEMENT
Il est essentiellement chirurgical: libération du nerf par
section de l'arcade fibreuse de la face profonde de l' abducteur de
l' hallux.
LA COMPRESSION DU NERF PLANTAIRE LATERAL (EXTERNE)
C'est un syndrome d' individualisation récente marqué
par l'existence d'une douleur plantaire de localisation
précise située à trois centimètres en
avant de la zone d'appui du talon, et à l'union 1/3
interne,2/3 externe de la voûte plantaire,volontiers confondue
avec les douleurs des aponévrosites plantaires dont le
siège est cependant plus postérieur. La pression
à ce niveau réveille l' élément
douloureux. Les irradiations distales sont fréquentes, mais
non constantes. Il s'agit d'un gêne douloureuse située
à la partie distale de la plante et au niveau des orteils
externes, assez souvent sans territoire bien défini et de
caractère non spécifique. Le diagnostic repose sur
l'électromyograme qui montre un ralentissement du nerf
plantaire latéral en regard de la zone douloureuse et des
signes de dénervation au niveau du muscle abducteur du
cinquième orteil .
LES ELEMENTS ANATOMIQUES

A sa sortie de la gouttière calcanéenne le nerf
plantaire latéral franchit la cloison inter-musculaire et
pénètre dans un canal fibreux limité par : en
haut la partie interne de la chair carrée de Sylvius,en bas le
court fléchisseur plantaire au niveau d'un renforcement
fibro-aponévrotique situé à la face
supérieure du muscle,renforcement qui croise le nerf de dehors
en dedans. Latéralement le canal est limité par des
cloisons fibreuses s'insérant en bas sur le renforcement
fibro-aponévrotique et en haut sur la cloison inter-musculaire
interne pour la cloison interne,sur la cloison inter-musculaire
externe pour la cloison externe.
LES CONSTATATIONS OPERATOIRES
On retrouve constamment un aplatissement du nerf plantaire
latéral dans le canal fibreux décrit dans les
éléments anatomiques Cette zone de compression se
projette au niveau du siège de la douleur plantaire.
LE TRAITEMENT
Il a toujours été chirurgical: neurolyse du nerf
plantaire latéral amenant la cédation rapide des
éléments douloureux.
LA COMPRESSION DE LA PREMIERE BRANCHE DU NERF PLANTAIRE LATERAL (ou
nerf de l'abducteur du 5 ème orteil).
C'est un syndrome peu connu, mais qui représenterait 20% des
étiologies des douleurs du talon. Il se manifeste uniquement
par un élé ment douloureux du talon situé au
bord interne de la coque talonnière,soit à la jonction
des peaux plantaires soit un cm au dessus de celle-ci et à 4
cm de la partie postérieure du talon. La pression à cet
endroit réveille la douleur. Le reste de l'examen est
négatif, la diminution de la force de l'abducteur du
cinquième orteil parfois décrite, est en fait difficile
à retrouver. L'électromyogramme peut retrouver des
signes de dénervation de l' abducteur du V mais de
façon très inconstante.

LES ELEMENTS ANATOMIQUES
Le nerf de l'abducteur du V naît du nerf plantaire
latéral au niveau de la division du nerf tibial
postérieur en ses deux branches terminales. Puis il chemine
à la face profonde de l' abducteur de l'hallux,et
pénètre, après s'être
réfléchi sur l'aponévrose plantaire moyenne,
entre court fléchisseur des orteils et chair carrée de
Sylvius. C'est au niveau de cette réflexion que se produit l'
élément compressif.
LES CONSTATATIONS OPERATOIRES
Il existe une zone de striction sur le nerf de l'abducteur du V quand
celui-ci perfore l'aponévrose, compression responsable de
l'élément douloureux.
LE TRAITEMENT
Des infiltrations "loco dolenti" peuvent être
pratiquées, mais en cas d'échec ou de récidive
après infiltration, la libération chirurgicale du nerf
est nécessaire.
CONCLUSION
La compression du nerf tibial postérieur est relativement rare
au niveau du canal tarsien, mais certaines circonstances
pathologiques peuvent favoriser la survenue de la compression du nerf
à ce niveau. Par contre les syndromes compressifs des branches
de division du nerf tibial postérieur semblent plus
fréquents : nerf tibial médial , latéral et nerf
de l' abducteur du 5 ème orteil. L'examen confirmant le
diagnostic est dans tous les cas l' électromyogramme et le
plus souvent une libération chirurgicale du nerf
comprimé est nécessaire pour obtenir la
guérison.