
Dans sa fonction d'équilibrateur, le
pied agit sur le corps entier. D'autres éléments
importants interviennent : les yeux, l'oreille interne, la mémoire
proprioceptive, les bras qui servent de balanciers, les messages
sensitifs et proprioceptifs en général et jusqu'à
la longueur des membres inférieurs (une règle d'instituteur
n'est maintenue en équilibre sur l'index que lorsqu'elle
a une certaine longueur optimale) ; et pour en revenir aux pieds,
la surface de la plante du pied (le clown peut se pencher davantage
vers l'avant sans tomber en utilisant des chaussures très
longues).
Et encore tous les amortisseurs cités plus haut.
Et de façon tout à fait particulière les
messages sensitifs et proprioceptifs à point de départ
plantaire. La posturologie étudie l'équilibre du
corps : elle utilise le fil à plomb et la stabilométrie
électronique qui permet d'enregistrer les oscillations
du centre de gravité sur un plateau approprié.
Au cours de la station debout, le double appui ne pose pas de problème d'équilibre dans le plan frontal (52).
Dans le plan sagittal, le centre de gravité tombe en avant de l'axe de l'articulation de la cheville et il doit être contrebalancé par une activité du soléaire, qui est le seul muscle à traduire une activité électrique (53).
Au cours de la marche, le déséquilibre dans le plan sagittal provoqué par la chute du corps en avant est compensé par la réception sur le pied hétérolatéral.
Dans le plan frontal, les muscles équilibrateurs du pied interviennent tant de manière excentrique (lors d'une marche régulière sur terrain plat) que de manière concentrique (lorsque survient un obstacle ou une dénivellation de terrain, ou encore lors des activités sportives).
Ce sont essentiellement les muscles latéraux qui assurent l'équilibration. Sur terrain plat, lors d'une course, leur rôle est diminué avec l'augmentation de la vitesse.
Deux groupes articulaires assurent la fonction d'équilibration dans le plan frontal : l'articulation sous-talienne et l'articulation tarso-métatarsienne latérale de Lisfranc, qui mobilise la palette externe. Ces articulations ont des axes qui ne peuvent entraver la marche et qui, par conséquent, sont plutôt parallèles à l'axe de HENKE dans le plan sagittal.
L'articulation sous-talienne est en fait formée
de deux articulations distinctes:
l'articulation postérieure qui est formée par la
surface convexe vers le haut du calcaneus et par la surface concave
vers le bas du talus (ces deux surfaces s'emboîtent parfaitement)
et l'articulation antérieure du sustentaculum tali dont
la facette calcanéenne est concave vers le haut pour recevoir
le la tête talienne arrondie.
Considérons les deux facettes articulaires du calcaneus
: la facette postérieure est découpée dans
une surface convexe d'un cône régulier et la facette
antérieure est découpée dans la surface concave
d'un cône identique qui le prolonge. Les facettes taliennes
ont une coupe inverse des précédentes. (56)
La tête talienne suivra obligatoirement
le mouvement de l'articulation postérieure.
Entre ces deux articulations interdépendantes, il y a un
sillon où sont logés les ligaments interosseux talo-calcanéen
: ses deux faisceaux partent du dedans vers le dehors en s'écartant
l'un de l'autre, à partir d'une formation verticale qui
est le ligament axial (57 - 58).
Ce n'est pas une simple coïncidence si le l'axe de Henke passe par ce ligament axial (59).
C'est ce ligament axial qui représente l'axe de mobilité de la sous-talienne. Il est situé au sommet de la facette postérieure qui a une forme triangulaire et est bombée à la manière d'un pare-brise de voiture. A partir de ce point, le talus est mobilisé à la manière d'un essuie-glace.
La tête ne fait que suivre et lorsqu'elle
s'écarte du calcaneus (augmentation de la divergence talo-calcanéenne),
le talon se met en valgus. Lorsqu'elle se rapproche du calcaneus
pour se superposer à lui, le talon se met en varus. Cette
oscillation est donc réalisée autour du ligament
axial et est limitée par les deux faisceaux du ligament
interosseux talo-calcanéen qui se tendent horizontalement
lors du valgus et verticalement lors du varus. (60)
Il est fort intéressant de remarquer également que la résultante de l'axe vertical de la sous-talienne (ligament axial) et de l'axe de l'articulation de la cheville correspond à l'axe de Henke, qui est l'axe global de l'arrière-pied (environ 45° d'obliquité) autour duquel s'effectuent les mouvements d'inversion et d'éversion.
Au cours de la marche, lors du premier double
appui, le pied, ouvert en dehors par rapport à la ligne
de marche, aborde le sol en position neutre.
Aussitôt, il se met progressivement en valgus qui devient
maximal lors de l'appui plein alors que le membre opposé
a quitté le sol. Ce valgus s'accompagne d'une rotation
interne du membre inférieur.
En quittant le sol par l'avant-pied, le pied passe en varus et
donc en rotation externe du membre inférieur. (61- 62)
Les oscillations de la sous-talienne consistent donc en une ouverture de l'angle talo-calcanéen, qui permet un étalement maximal du pied en valgus lors de l'appui monopodal, suivie d'une fermeture lors du deuxième appui bipodal (troisième pivot). Pour ensuite revenir en position neutre pendant la phase oscillante.
Tous les axes des articulations de l'arrière-pied se croisent au niveau de la tête arrondie de l'astragale : c'est un grosse bille qui roule dans la vaste cupule formée par la surface antérieure de la sous-talienne et la face postérieure du scaphoïde reliées entre elle par un épais fibro-cartilage plantaire (ligament glénoïdien) et, du côté interne, par le faisceau deltoïde du ligament médial ; du côté latéral, c'est le faisceau interne du ligament en Y qui délimite la tête talienne.
Ce n'est pas un hasard non plus si la tête talienne est située au centre de la courbe qui représente la ligne des centres de pression. (63)
La tête talienne a donc une forme et
une situation privilégiées pour répartir,
à tout moment, les charges dans toutes les directions,
sous l'effet des oscillations de la sous-talienne postérieure.
Son rôle dans l'équilibre est à ce point important
que, lorsqu'il existe une synostose entre le talus et le calcaneus,
il arrive que la cruro-talienne se déforme et que la surface
supérieure du talus prenne la forme d'un dôme arrondi
comme pour pallier la mise hors service de la bille talienne.
(65)
L'articulation tarso-métatarsienne
latérale de Lisfranc fait partie du pied calcanéen.
L'axe de la palette externe est parallèle à la ligne
de marche (66).
L'articulation calcanéo-cuboïdienne est une articulation en selle : elle a des mouvements de rotation, de façon à permettre à la palette externe de s'adapter dans sa fonction d'équilibration (67).
Au niveau de l'arrière-pied, les muscles
de l'équilibration sont ceux qui sont situés de
chaque côté de l'axe de Henke. Ce sont : le tibial postérieur en dedans et le
court péronier en dehors.
Le muscle tibial
postérieur contrôle le valgus
de l'arrière-pied en le freinant. Par action concentrique,
il est capable de variser l'arrière-pied ; ce qui s'accompagne
d'une rotation externe du membre inférieur.
Le muscle court péronier a une action inverse.
Le muscle long péronier contribue à freiner le valgus de l'arrière-pied. A partir de son point d'insertion sur le premier métatarsien, par action concentrique, il varise l'arrière-pied en agissant sur la poulie cuboïdienne et ferme la pince tibio-fibulaire car il passe en arrière de la mallélole externe.

La fibula tourne autour d'un axe vertical qui
part du bord antérieur de sa tête et arrive au bord
antérieur de la malléole latérale. En tournant
en dedans, elle referme la pince tibio-fibulaire ; en tournant
en dehors, elle l'ouvre. Les muscles fibulaires ont donc tendance
à fermer cette pince par action concentrique et à
freiner son ouverture par action excentrique. Les muscles passant
derrière la malléole médiale ont une action
analogue.

Par action concentrique, le long péronier est principalement varisant tandis que le court péronier est valgisant. Ils ont donc une action tout à fait opposée.
L'axe de la palette externe,
représentée par les quatrième et cinquième
métatarsiens, est parallèle à la ligne de
marche, et lui confère essentiellement un rôle d'équilibration.
Les courts muscles plantaires latéraux
(dont l'opposant du 5ème
rayon qui s'enroule autour des sa diaphyse)
s'opposent à l'ouverture de la ferme latérale, c'est
à dire de la ferme calcanéenne, en appliquant les
deux dernières têtes au sol. L'articulation calcanéo-cuboïdienne
en selle s'accommode facilement de la rotation induite par l'opposant
du 5ème métatarsien.
Lorsque la sortie du pas s'effectue autrement que par le gros
orteil, la palette interne joue à son tour le rôle
d'équilibration - de sorte qu'il faut toujours voir les
choses de façon dynamique et relative.