
La progression ne peut se réaliser que grâce aux articulations dont les axes sont perpendiculaires à la ligne de progression et donc perpendiculaires à l'axe de Henke. L'axe de Henke est une ligne virtuelle qui représente l'axe autour duquel se meut l'ensemble de l'arrière-pied depuis l'inversion extrême jusqu'à l'éversion extrême. Il est orienté obliquement en partant de la face externe du calcaneus vers l'avant et vers le dedans (31).

Comme la marche s'effectue avec une certaine ouverture du pas, qui est en moyenne de 15°, cela permet à l'axe de Henke d'avoir une orientation parallèle à la ligne de progression (32). (Les articulations qui interviennent dans l'équilibration du pied ont, par ailleurs, des axes qui sont parallèles à l'axe de Henke ; ce qui leur confère une liberté totale pour se mouvoir au cours de la progression)

Les animaux marcheurs mobilisent d'abord la hanche, ensuite le genou et enfin le "pied" : ils respectent "la table des matières". Chez l'homme, c'est la cheville qui est mobilisée la première (exception : chez les vieillards dont les muscles postérieurs se sont rétractés et, de ce fait, ont déporté le centre de gravité vers l'arrière, c'est la hanche qui se mobilise la première pour permettre de projeter vers l'avant le centre de gravité).
Les articulations qui interviennent dans la progression sont donc celles qui, obligatoirement, ont leurs axes perpendiculaires à l'axe de Henke comme la cruro-talienne et la métatarso-phalangienne du gros orteil.
Le pied attaque le sol par le talon, en position neutre, qui sert de premier pivot lors du premier double-appui. Il est à angle droit et la jambe est étendue. Cette position du pied présente les surfaces sus-jacentes perpendiculairement au point d'impact et donc un maximum de résistance. C'est le pied calcanéen (33).

Grâce au deuxième pivot, représenté par la cruro-talienne, l'appui se continue par le bord externe, qui, en durée, soutient le plus longtemps la charge, et ensuite par les têtes métatarsiennes et les orteils. Cela aboutit, au cours de l'appui monopodal, au pied calcanéo-talien, c'est à dire à l'appui de la ferme entière, qui présente au sol une surface maximale (34). Le pied s'étale en longueur (mais également en largeur grâce au jeu de l'articulation sous-talienne dont la mobilité n'est nullement entravée : la divergence talo-calcanéenne est alors maximale).

La cruro-talienne a permis à l'avant-pied de prendre contact avec le sol ; ensuite, elle permet à la jambe de se fléchir en avant et de dépasser la verticale en fermant l'angle tibio-pédieux.
La surface supérieure du talus est découpée dans la surface d'un cône et l'axe de la cruro-talienne rejoint les deux pointes malléolaires (35).

Il en résulte que l'abaissement de la jambe sur le pied, fixé au sol, lui fait suivre une trajectoire courbe en dedans. Le rayon de cette courbe est identique à celui de la surface cruro-talienne. Et ce déplacement en dedans de la jambe lui permet d'être parallèle à la ligne de marche et non pas de suivre l'ouverture du pas (36).

L'appui se termine sur le pied talien : les surfaces sus-jacentes au point d'impact s'alignent perpendiculairement et offrent à nouveau un maximum de résistance (37).

C'est le troisième pivot, représenté par les articulations métatarso-phalangiennes et surtout la première, qui permet la sortie du pas. La métatarso-phalangienne du gros orteil permet à la bille métatarsienne de rouler dans une vaste glène agrandie par le fibrocartilage qui englobe les deux sésamoïdes. Cette bille permet les changements de direction.
C'est sur le pied talien que nous nous recevons lorsque nous sautons car il met en jeu les principaux amortisseurs (la pince de Le Coeur et le système suro-plantaire). L'insertion de départ du muscle tricipital est surtout la phalange proximale du gros orteil et le calcaneus joue à ce moment le rôle d'un sésamoïde comparable à celui de la poulie patellaire (37).
Lors du deuxième double-appui, en dehors des articulations cruro-taliennes et métatarso-phalangiennes qui sont mobiles, les autres articulations du pied doivent progressivement se verrouiller pour présenter un bloc rigide sans lequel le décollement serait impossible. Il s'agit donc des articulations de l'arrière-pied et du médio-pied (varus et creusement de la ferme).
Au niveau de la cheville, dans le sens transversal, le talus s'applique contre la malléole interne dès que la divergence talo-calcanéenne diminue, c'est à dire dès que la tête talienne se rapproche de l'apophyse du calcaneus. La fibula reste continuellement enfoncée sous l'effet de la charge et s'adapte à la face externe du talus qui est plus étroit en arrière. La surface articulaire inférieure du péroné est beaucoup plus petite que la face externe correspondante du talus, qui descend en pente douce, et la balaie constamment.
Le varus traduit la fermeture de la pince talo-calcanéenne et donc son blocage.
Il est provoqué par la traction sur l'aponévrose plantaire (et tout le système suro-plantaire) lorsque le gros orteil part en flexion dorsale lors de la sortie du pas (37). Le long fléchisseur de l'hallux, parce qu'il passe sous le sustentaculum tali, induit également le varus lors de sa tension par flexion dorsale passive du gros orteil (38).

Le système suro-plantaire, qui s'insère sur le calcaneus, en dedans de l'axe de Henke, a également un effet varisant (39).

Par ailleurs, la traction effectuée sur l'aponévrose plantaire par la flexion dorsale des orteils creuse également la ferme suivant le principe de Hick (40).

Les muscles qui agissent dans la progression sont ceux qui ont leurs insertions dans le prolongement de l'axe de Henke, c'est à dire à ses deux extrémités. (41)

Deux muscles, qui agissent sur l'axe de l'articulation
cruro-talienne, sont situés aux deux extrémités
de l'axe de Henke : l'un en arrière, c'est le muscle triceps sural ; l'autre, en avant, c'est le muscle tibial antérieur.
Le muscle tibial antérieur est le
premier à intervenir (lors du premier pivot). Il freine
la chute de l'avant-pied une fois que le talon a touché
le sol. Sa défection dans donne lieu à une chute
brutale de l'avant-pied (le steppage). Il s'agit d'un muscle postérieur
par rapport au segment de pied qu'il contrôle.
Il peut se contracter de façon concentrique à partir
du pied lorsqu'il est en appui total et il entraîne la jambe
en l'abaissant : il projette ainsi le centre de gravité
vers l'avant (42).

Les muscles longs extenseurs
des orteils sont synergiques au muscle
tibial antérieur.
Le muscle triceps sural s'insère sur le calcaneus, en dedans de l'axe
de Henke.
Les fibres du tendon calcanéen ne sont pas verticales mais
torsadées d'environ 90°, de sorte que les fibres médiales
sur son point de départ musculaire deviennent antérieures
au niveau de l'insertion calcanéenne (43).

Cela découle de la nécessité de compenser l'axe oblique de l'articulation cruro-talienne qui court de dedans en dehors et de haut en bas. (44)

Si les fibres du tendon calcanéen étaient verticales, elles se détendraient sur la moitié interne lors de la flexion plantaire du pied.
Sur le plan anatomique et fonctionnel, il faut considérer que le muscle triceps sural s'insère sur les premières phalanges des orteils, en particulier sur celle de l'hallux. Les fibres du tendon calcanéen se continuent, en effet, dans l'aponévrose plantaire à la manière du muscle quadriceps qui se continue par le tendon rotulien. Le système aponévrotique plantaire, comparable à un patin pour aller sur glace, aboutit aux complexes ligamentaires métatarso-phalangiens. Les courts muscles plantaires et le fascia plantaire font partie du système suro-plantaire.
Le système suro-plantaire intervient à partir du moment où la
jambe se fléchit sur le pied c'est à dire au cours
du deuxième pivot et contrôle, par action excentrique,
l'angle tibio-pédieux. Les muscles rétromalléolaires interviennent également de la même façon.
Mais le muscle triceps n'a pas la puissance qu'on lui accorde
généralement : un sujet, placé avec les pointes
des pieds et le nez contre un mur, est incapable de se mettre
sur la pointe des pieds par la seule action concentrique du muscle
triceps. Dans les conditions normales, pour se mettre sur la pointe
des pieds, il est nécessaire de faire basculer le centre
de gravité vers l'avant et le système musculaire
suro-plantaire intervient alors par action excentrique en empêchant
la chute vers l'avant (45).

Les muscles rétromalléolaires peuvent y suffire
comme cela a été constaté chez un sujet dont
seul le tendon d'Achille avait été sectionné
lors d'un traumatisme frais : il était capable de se maintenir
sur la pointe du pied.
Les muscles longs et courts fléchisseurs contrôlent les articulations métatarso-phalangiennes des orteils dont les axes sont également perpendiculaires à la ligne de progression, lors du troisième pivot. Ils freinent l'angle de flexion dorsale des orteils, flexion dorsale réalisée sous l'effet du poids du corps. (46)

Au cours de la course, ils ont une action concentrique et évitent ainsi aux têtes métatarsiennes un appui trop prolongé : ils ont ainsi vis-à-vis d'elles un rôle protecteur (47).

Au niveau de la malléole interne, les muscles longs fléchisseurs des orteils exercent une pression vers l'avant qui contribue à porter le membre inférieur en rotation externe (ou qui freine la rotation interne).
Le muscle long fléchisseur de l'hallux passe sous le sustentaculum tali (petite apophyse du calcaneus) et de ce fait varise l'arrière-pied dès que le talon quitte le sol. La tension du fascia plantaire, sous l'effet de l'extension du gros orteil, a le même effet. (48) (49)


Ce varus porte le membre inférieur en rotation externe grâce au rôle de cardan exercé par tout le sommet de la ferme : un varus s'accompagnera d'une rotation externe du membre inférieur et un valgus s'accompagnera d'une rotation interne. L'axe de Henke, incliné de 42° vers l'avant, vers le haut et vers le dedans, permet ces mouvements associés (obligés) (50).

Cela se visualise lorsque l'on fait une construction avec deux planches reliées par une charnière à leurs sommets découpés à 45°, qui est l'ínclinaison de l'axe de Henke dans le plan sagittal. (51)

Le muscle long fléchisseur de l'hallux passe entre les deux sésamoïdes du gros orteil et freine la fermeture de l'angle métatarso-phalangien.
Parmi les courts muscles plantaires, le groupe le plus important s'insère sur les sésamoïdes du gros orteil et ont pour rôle de fixer ce dernier au sol. Leur action peut être comparée aux deux mains qui maintiennent et tirent une botte lorsqu'on y introduit le pied. (Le long péronier ou long fibulaire a le même effet en s'insérant sous la base du premier métatarsien. Il contrôle l'ouverture du sommet de la ferme). (52)
