Association Franaise de Chirurgie du Pied

 

Informations concernant la chirurgie per-cutanŽe, la chirurgie invasive conventionnelle et la chirurgie mini-invasive de lĠavant- pied.

 

 

Suite ˆ plusieurs articles de presses et plusieurs interviews radio et tŽlŽvisŽes, il appara”t que des Žclaircissements doivent dĠtre donnŽs sur les techniques utilisŽes en chirurgie du pied.

 

 

La chirugie per-cutanŽe est une technique qui permet des gestes chirurgicaux ˆ lĠaide dĠune instrumentation spŽciale. Elle nŽcessite Žgalement un appareillage radiologique afin de contr™ler les gestes car le chirurgien nĠa pas le contr™le visuel de ce quĠil fait. Ce procŽdŽ nĠa rien de nouveau ni de rŽvolutionnaire, il a en effet ŽtŽ mis au point dans les annŽes 60 par des podiatres amŽricains (Žquivalent de nos podologues franais mais ayant le droit aux USA de pratiquer des gestes chirurgicaux)

 

La chirurgie invasive conventionnelle et actuellement son Žvolution vers une chirurgie mini-invasive sont des techniques qui par une voie dĠabord appropriŽe plus ou moins importante permettent au chirurgien un contr™le de visu de ses gestes. Ces procŽdŽs classiques permettent aussi des gestes plus complexes et couvrent ainsi toutes les indications thŽrapeutiques.

 

Ces diffŽrents procŽdŽs techniques ne sĠopposent pas bien au contraire. Ils ont ŽtŽ au fil des annŽes perfectionnŽs et reprŽsentent aujourdĠhui des Ç outils performants Ç dans lĠarsenal thŽrapeutique chirurgical È.

Chaque procŽdŽ a ses avantages et ses inconvŽnients

 

 

Le principe de toute chirurgie de lĠavant pied est de retrouver la force dĠappui, la stabilitŽ et la mobilitŽ de lĠHallux (le gros orteil) et des orteils latŽraux en rŽalignant le squelette articulŽ par rapport aux tendons.

Cela permet le bon positionnement des axes articulaires de mouvements pour la marche et la performance locomotrice nŽcessaire pour dĠautres activitŽs en particulier sportives. En effet marcher sans douleur pour une femme jeune et sportive est la moindre des choses. Pouvoir marcher vite et longtemps, danser, sauter, rŽceptionner un saut, couper, propulser, accŽlŽrer, sprinter demande un pied ˆ 100% de ses capacitŽs. Pour faire cela, il faut au moins 10Ħde flexion plantaire et 80Ħ de flexion dorsale des orteils, avec des articulations stables et mobiles permettant une force d'appui pulpaire optimale des orteils.

 

Le premier service que le chirurgien doit rendre au patient est de lui Žviter les complications.  Celles-ci sont principalement : les cals vicieux, la raideur articulaire, la nŽcrose osseuse, la chondrolyse, lĠinstabilitŽ, lĠinfection, lĠalgodystrophie, les fractures de fatigue sur du matŽriel dĠostŽosynthse, lĠeffraction articulaire, le conflit cutanŽ, la correction insuffisante ou excessive (Hallux Varus iatrogne ), le dŽsŽquilibre de lĠavant pied par raccourcissement excessif du premier mŽtatarsien ou ˆ lĠinverse par manque du raccourcissement nŽcessaire.

 

La mŽthode correctrice fait appel de nos jours aux ostŽotomies de rŽalignement associŽes ˆ la libŽration des parties molles rŽtractŽes puis ˆ leur reconstruction. Cette mŽthode est aussi appliquŽe dans le procŽdŽ per- cutanŽ (sauf sĠil faut un acte de reconstruction prŽcis qui nŽcessite un abord chirurgical, par exemple pour la rŽparation du ligament collatŽral mŽdial de lĠhallux ou de la plaque plantaire qui est le ligament puissant qui maintien les orteils ˆ la tte mŽtatarsienne).

 

 

 

Il existe aujourdĠhui plus de 130 techniques de correction de lĠhallux valgus.

 

 

Pour traiter le problme du (de la) patient(e), un cahier des charges prŽcis doit tre utilisŽ pour choisir la technique la plus fiable et la plus efficace

-       Technique prŽcise, rŽglŽe, reproductible aprs une courbe dĠapprentissage.

-       Technique non mutilante, ˆ faible taux de complications, et permettant une chirurgie de rŽvision aisŽe si besoin.

-       PossibilitŽ dĠappui immŽdiat protŽgŽ et de mobilisation immŽdiate pour Žviter lĠenraidissement.

-       PossibilitŽ dĠopŽrer les deux pieds dans le mme temps opŽratoire ou ˆ quelques jours dĠintervalle

-       Obtention dĠun rŽsultat cosmŽtique convenable

-       Obtention dĠune fonctionnalitŽ indolore et optimale si possible

 

 

Parmi le panel des diffŽrentes ostŽotomies, peu respectent ce cahier des charges et sont utilisables. Ce sont essentiellement :

 

á      Au niveau du premier mŽtatarsien :

 

o   Dans la chirurgie conventionnelle

- LĠostŽotomie en chevron distale (entre la tte mŽtatarsienne et le corps de lĠos) qui est lĠune des plus pratiquŽe, mais elle est en gŽnŽral rŽservŽ ˆ des formes lŽgres et modŽrŽes dĠhallux valgus.

- LĠostŽotomie Scarf ou en Z appelŽe encore trait de Jupiter par les charpentiers de marine. Sa puissance correctrice et sa fiabilitŽ sont importantes, elle permet la correction de fortes dŽformations

- DĠautres ostŽotomies sont aussi utilisŽes comme les ostŽotomies diaphysaires (corps de lĠos) dites planes obliques (TRADE) qui permettent un appui immŽdiat gr‰ce ˆ une ostŽosynthse solide.

- Les ostŽotomies basale type crescentric ou dĠouverture avec un apport de greffe osseuse ou bien de fermeture, ne permettent pas lĠappui immŽdiat ni la correction de lĠobliquitŽ articulaire de la tte ( DMAA) sauf si elle sont couplŽe ˆ une ostŽotomie distale ce qui augmente la morbiditŽ et le risque de complications.

- lĠostŽotomie longitudinale oblique diaphysaire de Ludloff est de contention difficile et entra”ne une pronation de la tte mŽtatarsienne qui va ˆ lĠencontre de la correction.

 

o  Dans la technique per cutanŽe

le choix des ostŽotomies est limitŽ par lĠabord punctiforme de lĠincision et seule lĠostŽotomie de Reverdin est utilisŽe. CĠest une ostŽotomie logique dans son dŽplacement en supination de la tte qui permet la correction de lĠobliquitŽ articulaire mais elle a peu dĠeffet sur le mŽtatarsus varus et la longueur du mŽtatarsien qui a souvent besoin dĠtre corrigŽe. Le site de cette ostŽotomie est intra articulaire ce qui entraine un risque certain de raideur articulaire. Certains chirurgiens associent ˆ cette ostŽotomie : une ostŽotomie basale pour augmenter la correction de la dŽformation, mais cela ne permet pas la mise en charge immŽdiate du fait de lĠinstabilitŽ engendrŽe et il est plus sage pour le patient dĠattendre sa consolidation en 5 ˆ 6 semaines. Cette technique doit donc tre rŽservŽe pour lĠinstant ˆ des indications prŽcises.

 

á      Au niveau de la premire phalange :

Celle ci est souvent le sige dĠune dŽviation en valgus quĠil faut corriger par une ostŽotomie de fermeture en varisation (ostŽotomie de Akin), celle ci est aussi bien pratiquŽe en technique conventionnelle que per cutanŽe ˆ la fraise. Parfois devant un excs de longueur du gros orteil (hallomŽgalie) il faut rŽaliser un raccourcissement de quelques mm (la technique per-cutanŽe ne le permet pas encore). DĠautres fois cĠest ˆ la partie distale que sige la dŽformation et cĠest lˆ que devra porter la correction

 

á     La libŽration des parties molles rŽtractŽes est le temps prŽalable obligatoire pour corriger la dŽformation. Le ligament collatŽral latŽral est le seul rempart restant pour lutter contre lĠhallux varus iatrogne qui est une complication redoutable car difficile ˆ reprendre. Il faut donc choisir une technique de libŽration qui prŽserve ce ligament. Dans la technique percutanŽe ce ligament est en gŽnŽral sacrifiŽ comme il lĠŽtait dĠailleurs dans la technique conventionnelle au dŽbut.

 

Il ne sĠagit pas donc dĠopposer une technique par rapport ˆ lĠautre. Mais il faut avoir la possibilitŽ de combiner diffŽrents gestes techniques.

Le plus important est de choisir des techniques dont le potentiel de morbiditŽ et de complications est le moins ŽlevŽ. La technique choisie doit guŽrir la pathologie du patient, corriger ses dŽformations et de lui donner une fonction optimale en fonction de lĠimportance de ses lŽsions, de son ‰ge, de ses dŽsirs fonctionnels et cosmŽtiques.

 

La sagesse aujourdĠhui semble tre le mixage des techniques, dĠautant que lors dĠun travail prŽliminaire au congrs de lĠAFCP en 2005, publiŽ dans la revue de chirurgie orthopŽdique (RCO) montre quĠil nĠy a pas de diffŽrence significative entre les trois techniques (conventionnelle ; mini-invasive, per-cutanŽe) en matire de :

- rapiditŽ de consolidation osseuse

- de temps dĠarrt de travail

- de douleurs post opŽratoire

- de possibilitŽ dĠopŽrer les deux c™tŽs en mme temps

- de rŽcupŽration fonctionnelle

 

Ç RECOMMENDATIONS ? (Symposium prŽsentŽ lors de la 80me RŽunion annuelle de la SOFCOT ˆ la JournŽe des spŽcialitŽs le 13 Novembre 2005

La chirurgi e de lĠhallux valgus en 2005. Chirurgie conventionnelle, mini invasive ou percutanŽe ? Uni ou bilatŽrale ? Hospitalisation ou ambulatoire ? )

 

Les critres de choix des modalitŽs du traitement de lĠhallux valgus sont multiples et interdŽpendants. On ne peut instituer une rgle figŽe des bonnes pratiques de la chirurgie de lĠhallux valgus.

Nous avons observŽ cependant que les diffŽrentes procŽdures montrent trs peu de diffŽrences statistiquement significatives ˆ court terme et que seul une Žtude beaucoup plus longue Žvaluant des indices de rŽsultats sur la qualitŽ des corrections et sur lĠindice de satisfaction des malades pourront tre les meilleurs guides de nos pratiques. Il ne faut sžrement pas condamner une procŽdure par rapport ˆ une autre mais rester des plus vigilants sur les promesses donnŽes ˆ nos patients, plus souvent fondŽes sur notre bonne foi et conviction personnelle que sur des statistiques rigoureuses et confirmŽs.

Nous espŽrons que les ŽlŽments apportŽs par cette table ronde vous auront ŽclairŽs et feront Žgalement rŽflŽchir les instances dirigeantes sur les paradoxes de la lŽgislation actuelle qui nĠincitent pas ˆ sĠorienter vers les solutions les plus Žconomiques pour la gestion de la santŽ. È

 

 

En conclusion nous pouvons donc dire :

Que malgrŽ les impressionnants progrs rŽalisŽs dans la chirurgie de lĠavant pied depuis ces derniers 15 ans, la technique miracle reste encore ˆ inventer.

Que toute information qui privilŽgierait aujourdĠhui une technique par rapport ˆ lĠautre ne serait pas loyale et pourrait induire les patients en erreur sur le choix thŽrapeutique.

QuĠil l y a donc une impŽrieuse nŽcessitŽ de travaux complŽmentaires pour dŽfinir la complŽmentaritŽ des techniques.

 

LĠAFCP avec ses groupes dĠŽtudes sur les diffŽrentes techniques se chargera de cette t‰che.

 

 

 

 

 

Michel maestro – PrŽsident de lĠAFCP

Et le Conseil dĠadministration de lĠAFCP

 

 

Bibliographie:

 

1. Leemrijse T, Valtin B, Besse JL. Hallux valgus surgery in 2005. Conventional, mini-invasive or percutaneous surgery? Uni- or bilateral? Hospitalisation or one-day surgery?

Rev Chir Orthop 2008; 94(2):111-27. 

 

2. Easley ME, Trnka HJ. Current concepts review: hallux valgus part II: operative treatment.

Foot Ankle Int. 2007; 28(6):748-58.

 

3. Easley ME, Trnka HJ. Current concepts review: hallux valgus part 1: pathomechanics, clinical assessment, and nonoperative management.

Foot Ankle Int. 2007;28(5):654-9.

 

4. Pinney S, Song K , Chou L. Surgical treatment of mild hallux valgus deformity: the state of practice among academic foot and ankle surgeons

Foot Ankle Int. 2006; 27: 970-973

 

5. Thordarson D, Ebramzadeh E, Moorthy M, Lee J, Rudicel S Correlation of hallux valgus surgical outcome with AOFAS forefoot score and radiological parameters

Foot Ankle Int. 2005; 26 (2):122-127.

 

6.Valtin B., Leemrijse T.: Chirurgie de lĠavant-pied 2me edit SOFCOT- 89 . Elsevier 2005

 

7. De Prado M., Ripoll P.L.,Golano P Cirurgia percutanŽa del piŽ. 2004 Masson, S.A. Barcelona

 

 

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